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Sénégal, avorter une nécessité économique : « Je voulais avorter pour ne pas déshonorer mes parents »

By   /  août 28, 2018  /  No Comments

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Son nom est Aicha D,  elle a  25 ans, habite dans la banlieue Dakaroise . Après avoir passé deux fois son bac sans succès, et ambitionne désormais d’aller chercher du travail. Elle fini par en trouver chez un opérateur téléphonique. Elle détient une boutique de vente divers accessoires téléphone  etc…

Aicha D ,  a un point de vue bien acéré sur la société dans laquelle elle évolue. «  j’ai  jamais avorté. Mais je sais pourquoi les gens le font », affirme-t-elle. « Parce qu’ici, en Afrique particulièrement au Sénégal,  beaucoup de jeunes garçons ne travaillent pas, ils n’ont pas les moyens. Et les filles non plus. Il y a beaucoup de chômage, une personne peut étudier jusqu’à son bac et n’avoir rien à faireDonc tu ne peux pas te permettre d’avoir un enfant. Imagine la famille est pauvre, toi tu es tombée enceinte, et le garçon ne peut pas te donner rien du tout.  Il y a beaucoup de gars qui refusent d’admettre que c’est eux. Alors tu n’as pas le choix non plus, tu ne peux pas garder un enfant sans père  »  Ces jeunes femmes sont à ce point sans solution qu’elles mettent leur santé en danger pour ne pas avoir d’enfants. Une preuve de plus qu’interdire l’avortement n’en fait pas baisser le nombre. Il crée juste davantage de détresse et de misère. Selon le Guttmacher Institut, dans un rapport publié , elles sont 25 millions à faire de même dans le le monde chaque année . Et l’une des conséquences visibles est le décès de 50 000 femmes par an , des suites d’un avortement clandestin; Ndéye Rama T. agée de 32 ans est issue des classes moyennes et vie à Yeumbeul. Lorsqu’elle avait 19 ans, non mariée, elle est tombée enceinte. Elle a décidé d’avorter par peur que ses parents l’apprennent, pour ne pas « les déshonorer ».C’est le pharmacien de son quartier qui lui a conseillé un homme qui avait apparemment l’habitude de pratiquer un avortement à domicile. « Il s’est muni d’un appareil métallique pour écarter l’appareil génital, il a introduit une tige qu’il appelait bâtonnet, de la taille d’un coton-tige. Il a dit que le bâtonnet allait tomber tout seul, et qu’il y aurait des pertes de couleur marron. » La procédure lui a coûté 75 000 francs CFA. Pendant deux jours, elle raconte avoir souffert et « senti le bâtonnet à l’intérieur d’elle-même », jusqu’à ce qu’il « tombe ». Prise de peur elle s’est de nouveau rendue chez l’homme, qui a répété l’expérience. Au bout de deux jours le bâtonnet est de nouveau tombé, accompagné de sang cette fois-ci. Trop inquiète, son petit ami lui a proposé d’avertir leurs parents qui l’ont immédiatement emmenée chez un gynécologue, indignées qu’elle n’ait rien dit alors qu’elle aurait pu en mourir. « Il a dit que le bébé était toujours vivant et bien portant », suite à quoi elle a décidé de renoncer à l’avortement. Mais au 4ème mois, elle a commencé à avoir « des pertes abondantes » : « Le gynéco a annoncé que la poche de liquide amniotique était trouée, et que le liquide s’échappait petit à petit. Il a dit que le bébé n’y survivrait pas. » Alors même que la fausse couche était annoncée, le médecin l’a avertie que son serment lui interdisait de tuer un enfant et donc qu’il fallait que l’enfant sorte de lui-même.  Elle a passé plusieurs semaines dans cette situation, à attendre que « l’accouchement » se déclare, un fœtus non viable logé en elle. Lorsque cela s’est produit, au 5ème mois, elle a accouché « comme une grossesse normale, mais le bébé même s’il était vivant était malformé et prématuré ». En racontant cela, elle explique ne pas avoir gardé de séquelles physiques. Cependant, 5 ans après, elle affirme souffrir toujours psychologiquement d’avoir dû conserver en elle pendant plusieurs semaines ce fœtus dont elle savait qu’il ne survivrait pas.

Des femmes incarcérées pour des années

Ousmane Thiam, Président de l’association des jeunes avocats sénégalais, connaît bien les dossiers de ces femmes. « Au cours de l’année passée, dans la région de Dakar, il a recensé 59 cas dont 30 ont été jugés et 29 sont en attente de jugement. On a eu des femmes condamnées pour des peines de 3 mois suite à un avortement par exemple. Et les complices, que ce soit des médecins ou pas, ont des peines aussi fortes, 3 à 6 mois. Pour l’infanticide, c’est considéré comme un crime, donc elles prennent entre 10 et 15 ans, mais si il y a des circonstances atténuantes ça peut être seulement 5 ans fermes. » ce dernier renseigne qu’il y a eu des cas de relaxes, quand la cours considère que ce n’était pas un avortement mais une fausse couche pour laquelle la femme ne s’est pas rendue à l’hôpital, ou bien pas un infanticide mais un enfant mort-né qui n’a pas été déclaré comme tel. » Ousmane Thiam explique que les femmes traînées en justice sont la plupart du temps dénoncées. « Ça peut être des voisins qui savaient qu’elle était enceinte mais n’ont jamais vu le bébé, ou bien des médecins s’il y a des complications. La femme est transférée dans un service sanitaire où l’on se rend compte que c’est un accouchement mais on ne voit pas le bébé. Dans ce cas, le personnel peut appeler la police. »

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  • Published: 4 semaines ago on août 28, 2018
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  • Last Modified: août 28, 2018 @ 1:35
  • Filed Under: Radio Tetiane

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